L’alchimiste du reggae et père du dub
Lee « Scratch » Perry, de son vrai nom Rainford Hugh Perry, est une légende vivante de la musique jamaïcaine.
Né en 1936, ce producteur, chanteur, compositeur et ingénieur du son est un véritable touche-à-tout, à la fois visionnaire et excentrique. Surnommé « The Upsetter » ou encore « Pipecock Jaxxton », il s’est imposé comme l’un des architectes du reggae et du dub.
Dans les années 1970, Perry est un expérimentateur audacieux, un artisan du son qui façonne une musique inimitable.
Avec son studio Black Ark et un simple enregistreur 4 pistes, il développe une esthétique sonore unique, faite de réverbérations profondes, d’échos hypnotiques et de rythmes obsédants. Son génie, souvent comparé à celui de Salvador Dalí par Lloyd Bradley (Bass Culture), influence profondément le reggae et au-delà.
Mais Perry est aussi un personnage imprévisible. En 1981, dans un geste aussi symbolique que destructeur, il met lui-même le feu à son studio, marquant la fin d’une ère. Exilé en Suisse, il épouse une citoyenne helvétique et poursuit sa carrière sous une autre forme, privilégiant la scène et les collaborations internationales.
Aujourd’hui encore, Lee « Scratch » Perry demeure une figure culte, père fondateur du dub et inspirateur de nombreuses musiques contemporaines. Inclassable et insaisissable, il continue d’explorer de nouveaux horizons, fidèle à son esprit rebelle et visionnaire.
Biographie et carrière
Jeunesse 1936 – fin des années 1950
Rainford Hugh Perry voit le jour le 20 mars 1936 à Kendal, un petit village de fermiers situé au nord-ouest de la Jamaïque, dans la paroisse de Hanover.
Son isolement est tel que sa date de naissance exacte reste incertaine. Très jeune, il travaille dans les champs, confronté à la dureté de la vie rurale et à la misère. À 15 ans, il décide de tout quitter et entame une errance qui durera près de dix ans.
Perry s’installe tour à tour dans différentes régions de l’île, multipliant les petits boulots manuels.
Il gagne aussi sa vie comme danseur et joueur de dominos, un jeu très populaire en Jamaïque, souvent associé à des mises d’argent. Son talent pour la danse lui vaut le surnom de « Neat Little Man » ou « Little Perry », en référence à sa petite taille et à son style énergique.
Après plusieurs vagabondages et un mariage éphémère, il finit par poser ses valises à Kingston à la fin des années 1950.
Son ambition est claire : percer dans la musique en tant que chanteur. Il arrive au bon moment, alors que le ska, ce nouveau genre vibrant qui posera les bases du reggae, commence à secouer l’île. L’effervescence musicale accompagne un autre bouleversement : l’indépendance imminente de la Jamaïque, qui sera proclamée en 1962.
Ses débuts à Kingston 1950-1969
Une ascension dans l’ombre de Coxsone
À la fin des années 1950, Kingston connaît un essor urbain fulgurant. L’exode rural pousse des milliers de Jamaïcains vers la capitale, créant de vastes ghettos comme Trench Town. Les sound systems profitent de cette nouvelle audience avide de musique. Lee Perry, comme beaucoup d’autres, rêve de percer dans l’industrie musicale.
Il est présenté à Clement « Coxsone » Dodd dans l’espoir de devenir chanteur. Mais Coxsone trouve sa voix insuffisante et refuse de l’enregistrer.
Toutefois, il l’apprécie et lui offre un emploi. Perry devient son homme à tout faire, effectuant diverses tâches autour du studio. Rapidement, il se rend indispensable : il dirige des sessions d’enregistrement, auditionne des artistes, écrit des paroles et compose des morceaux.
À cette époque, la rivalité entre sound systems est intense. Les sound clash, où deux équipes s’affrontent en jouant leurs meilleurs morceaux, dégénèrent souvent en bagarres.
La compétition s’étend aussi aux vinyles, avec des morceaux destinés à attaquer les rivaux. Perry se spécialise dans ces piques musicales, écrivant des titres contre Duke Reid et d’autres adversaires de Studio One. Ce talent explosera plus tard dans des morceaux comme Small Axe des Wailers ou White Belly Rat.
Malgré plusieurs tentatives, Perry ne parvient pas à s’imposer comme chanteur chez Studio One. Pourtant, il compose des morceaux engagés, dénonçant la violence politique et la corruption.
Il alterne entre chroniques sociales et chansons légères sur l’amour ou le quotidien. Durant cette période, il collabore avec Clancy Eccles et rencontre les Wailers, Toots and the Maytals, Lord Tanamo et Max Romeo.
En 1965, il épouse Pauline Morrisson, alors âgée de 14 ans, qui jouera un rôle clé dans sa future production musicale. La même année, il enregistre Chicken Scratch en cachette, un titre qui popularise son surnom. Mais Coxsone l’exploite : il pille ses chansons, ne le crédite pas et le paie mal. En 1966, lassé, Perry quitte Studio One.
L’émancipation musicale et la naissance d’Upsetter
Après son départ, Perry collabore brièvement avec Prince Buster et Joe Gibbs. En 1968, il enregistre I Am the Upsetter, un morceau qui marque un tournant. Il adopte définitivement le surnom « The Upsetter », qui donnera son nom à son label et à son groupe, The Upsetters.
Perry commence à produire ses propres disques, bien qu’il ne possède pas encore de studio. Il enchaîne les morceaux marquants comme People Funny Boy et You Crummy. Une anecdote célèbre entoure People Funny Boy : les pleurs d’enfant que l’on entend sont ceux de son propre fils. Pour obtenir cet effet réaliste, Perry lui aurait donné une fessée.
Petit à petit, il s’affirme comme une figure incontournable de la musique jamaïcaine. L’ère Studio One est derrière lui, et son style unique s’apprête à révolutionner le reggae.
Succès international 1969 -1970
1969 : l’année du décollage
En 1969, Lee « Scratch » Perry s’impose sur la scène musicale. Il rencontre les Hippy Boys, un groupe qui compte deux figures majeures du reggae : Aston Barrett (basse) et Carlton Barrett (batterie). Ces derniers joueront un rôle clé dans son ascension. Avec eux, ainsi que Val Bennett, Alva Lewis (guitare) et les membres du Gladdy’s All Stars, il fonde The Upsetters.
Ce nom n’est pas inédit. Deux groupes l’ont déjà porté : un vieux groupe jamaïcain des années 1950 et le Gladdy’s All Stars.
Avec cette formation, Perry enregistre Return of Django, un album instrumental. Il signe alors un contrat avec Trojan Records.
Succès immédiat ! L’album se vend bien et le titre éponyme atteint la 5ᵉ place des charts britanniques. Ce morceau, comme The Liquidator des Harry J. All Stars, séduit particulièrement les skinheads anglais. Ce style devient ce qu’on appelle aujourd’hui le skinhead reggae.
Lee Perry et l’invention du reggae
C’est à cette époque que le mot « reggae » commence à circuler. L’origine du terme reste floue, tout comme la naissance officielle du genre. Certains estiment que Lee Perry fait partie des inventeurs du reggae. Son avance musicale sur ses contemporains renforce cette hypothèse.
Fort du succès de Return of Django, The Upsetters part en tournée en Angleterre. Perry assure le chant, tandis que les frères Barrett s’imposent comme la section rythmique principale. Pourtant, à l’origine, ils n’étaient que des musiciens de remplacement dans les Hippy Boys.
Lee Perry continue sur sa lancée. Il enregistre plusieurs albums avec son groupe : Many Moods of the Upsetters, Scratch the Upsetter Again et Eastwood Rides Again. Petit à petit, il développe une fascination pour le cinéma.
Il multiplie les références aux westerns italiens, aux films de kung-fu et, plus tard, aux œuvres engagées comme Blackboard Jungle. Cet amour du septième art influencera son travail en studio. Il intégrera de nombreux extraits de dialogues de films dans ses futures productions.
C’est aussi à cette période qu’il commence à expérimenter avec la table de mixage. Sans le savoir, il pose les bases du dub, un style qui révolutionnera la musique jamaïcaine.
Scratch et les Wailers 1970-1972
La rencontre décisive avec les Wailers
Fin 1969, les Wailers, en quête d’un producteur, se tournent vers Lee « Scratch » Perry. Ce dernier hésite. Il préfère enregistrer des instrumentaux et n’a pas besoin de chanteurs.
Pourtant, il accepte de les auditionner. Pendant l’essai, Bob Marley chante My Cup, avec une phrase qui résume bien leur situation : « Ma tasse est pleine et je ne sais pas quoi faire ». Perry y voit un signe du destin et accepte finalement de collaborer avec eux.
Les Wailers enregistrent alors avec les frères Barrett, qu’ils connaissent déjà pour avoir travaillé sur Black Progress. Ils débutent avec My Cup, Riding High, Soul Rebel et revisitent d’anciens morceaux enregistrés chez Studio One.
L’influence mystique de Scratch
Perry sent que Bob Marley, devenu le leader du groupe, ne donne pas encore le meilleur de lui-même. Ses compositions manquent d’impact.
Ses dreadlocks sont encore courtes. Perry en conclut qu’un esprit malveillant, un duppy en créole jamaïcain, le possède.
Fidèle à son excentricité grandissante, il enferme Marley quelque temps dans une pièce de sa maison, persuadé que cela éveillera son génie, comme dans le conte d’Aladin.
Surtout, Perry compose pour lui Duppy Conqueror, censée exorciser ce mauvais esprit. Cette chanson marque un tournant. Bob Marley et les Wailers prennent leur envol artistique et poursuivent leur collaboration avec Scratch.
Une collaboration légendaire
De 1969 à 1971, cette alliance transforme les Wailers. Perry les pousse à se surpasser et à conquérir un public plus large.
En retour, il profite de cette période pour affiner ses expérimentations sonores. Il remixe en dub leurs morceaux, les presse en 45 tours et développe des arrangements innovants.
Cette époque est considérée comme l’une des plus marquantes de l’histoire du reggae. Beaucoup estiment que les Wailers y ont enregistré leurs meilleurs titres.
Ce fut aussi un moment clé dans l’évolution du son reggae, annonçant un âge d’or imminent pour Perry, Marley et toute la scène jamaïcaine. Marley confiera plus tard que Perry était un génie. Ce dernier lui rendra hommage en déclarant qu’il était « le meilleur musicien qu’il ait jamais connu ».
La fin d’une ère et le début d’une autre
Malgré leur alchimie, des conflits éclatent. Perry sort des disques sans le consentement des Wailers et des désaccords sur les droits d’auteur surgissent.
Après avoir enregistré des morceaux majeurs regroupés dans Soul Rebels et Soul Revolution, les Wailers rompent avec lui. Ils embarquent avec eux les frères Barrett, qui quittent alors définitivement The Upsetters pour devenir membres permanents du groupe.
Bien que cette période ait marqué l’histoire, elle occulte parfois le travail solo de Perry entre 1970 et 1972.
Il enregistre des artistes comme Junior Byles et Max Romeo, ainsi que quelques DJ. Toujours en quête d’innovation, il expérimente encore plus. Il sort des morceaux comme Justice to the People, Kentucky Skank et Bathroom Skank, où il multiplie les bidouillages sonores et les effets fantaisistes, un peu à la manière des Beatles.
Blackboard jungle Dub 1972-1974
Une évolution vers le reggae roots
Dans les années 70, Lee Perry s’affirme de plus en plus, bien qu’il ne possède pas encore son propre studio. Son son évolue et se rapproche du reggae roots. En 1972, il enregistre des classiques comme Fever de Junior Byles.
Le reggae roots de cette époque se distingue par :
- Une guitare rythmique sèche.
- Une batterie accentuée sur les graves.
- Une basse omniprésente.
- Des percussions africaines.
- Des harmonies vocales mises en avant différemment.
Des enregistrements rares mais essentiels
Entre 1970 et 1972, Lee Perry enregistre de nombreux morceaux. Beaucoup restent inconnus en dehors de la Jamaïque jusqu’à leur réédition dans les années 90. Ces enregistrements, bien que méconnus, sont fascinants. Perry et ses musiciens y réalisent de véritables prouesses.
Cow Thief Skank : du hip-hop avant l’heure
En 1972, il sort Cow Thief Skank, un morceau précurseur du hip-hop. Il assemble différents extraits de chansons, comme le feront plus tard les DJ hip-hop avec des vinyles. Sur cette bande-son, Charlie Ace ajoute un toast, un proto-rap annonciateur du genre.
Cloak and Dagger : prémices du dub
En 1973, Perry sort Cloak and Dagger, un album d’instrumentaux et de versions préfigurant le dub. Il y intègre :
- Bruitages et effets sonores.
- Klaxon et boîte à meuh.
- Musiciens comme Tommy McCook et les frères Barrett.
L’album porte le même titre qu’un film de 1946. Il marque une étape clé dans l’expérimentation sonore de Perry.
En dehors de cet album, il produit d’autres titres surprenants :
Des classiques du roots reggae
Perry continue de produire des morceaux cultes du reggae roots :
- Curly Locks de Junior Byles.
- To Be a Lover de George Faith (pastiche de I Forgot to Be Your Lover de William Bell).
- Words de Sangie Davis, une chanson puissante qui deviendra un classique, remixée plusieurs fois en dub et en version DJ.
Blackboard Jungle Dub : le premier album de dub ?
Lee Perry reprend certains morceaux et les transforme pour créer Blackboard Jungle Dub. Il pousse encore plus loin les expérimentations de Cloak and Dagger :
- Utilisation accrue des effets et de la réverbération.
- Basse et percussions encore plus mises en avant.
- Remix de Bucky Skank, Fever, Words, Dreamland, Kaya et Keep on Moving.
King Tubby, selon certaines sources, aurait contribué à l’album. Toutefois, d’autres versions attribuent l’intégralité du travail à Perry.
Une rareté devenue culte
Sorti en 1973 à seulement 300 exemplaires, Blackboard Jungle Dub connaît plusieurs éditions. La plus complète, Upsetters 14 Dub Blackboard Jungle, contient 14 plages contre 12 pour les autres. Trojan Records retiendra cette version pour son coffret Dub Triptych.
Certaines éditions affichent des pochettes différentes :
- Un lion fumant un joint.
- Un tableau noir avec des titres réarrangés.
L’album est réédité en CD à partir d’un vinyle, les bandes originales étant introuvables.
L’impact de Blackboard Jungle Dub
L’album pose les bases du dub moderne. King Tubby et Scientist affineront plus tard le style, mais Perry ouvre la voie. Le magazine The Wire qualifie l’album de « génie pur » et d’œuvre majeure.
Dans ces années-là, Lee Perry reste en marge de la scène reggae internationale. Pourtant, ses productions underground sont magistrales. Il jette les bases de son futur studio et influence des genres comme le trip-hop, le ragga et la musique électronique.
Son génie expérimental continue d’inspirer des générations de musiciens.
Le Black Ark 1974-1979
En 1973, Lee Perry en a marre de dépendre des studios commerciaux. Jusqu’ici, il enregistre chez Randy’s ou Dynamic Sounds. Son inspiration change lorsqu’il s’installe avec sa famille à Washington Gardens, une banlieue chic de Kingston.
Un jour, alors qu’il fait une sieste dans son jardin, une vision le frappe. Il doit construire son propre studio.
En fin d’année, il peint « Black Ark » au-dessus de la porte. Pour lui, ce lieu incarnera les « 10 commandements du reggae », en référence à l’Arche d’Alliance. Son ambition peut sembler excentrique, mais l’avenir lui donnera raison. Les artistes affluent. La musique qui en sortira marquera l’histoire du reggae.
Un studio hors norme
Avec le Black Ark, Perry atteint un autre niveau. Sa table de mixage devient un instrument à part entière. Il pousse ses expérimentations encore plus loin, créant des sons uniques.
Steve Barrow, expert en reggae, décrira plus tard le son du Black Ark comme « la signature d’un peintre sur sa toile ».
Ce style attire des artistes majeurs, des vétérans Heptones aux jeunes talents comme Jah Lion. Perry donne leur chance aux inconnus, tout en accueillant d’anciens chanteurs en quête d’un second souffle. Même Bob Marley revient enregistrer au Black Ark.
Là où d’autres studios misent sur la productivité, Perry privilégie l’ambiance et la spontanéité. Une session d’enregistrement ressemble à une fête. Les portes en béton restent ouvertes. Les curieux peuvent entrer. Perry danse, tape des mains, crie d’enthousiasme quand il aime un morceau.
Des techniques expérimentales
Lee Perry ne suit aucune règle. Il nettoie les têtes de lecture avec son t-shirt, souffle de la fumée de ganja sur les bandes, superpose des sons d’une manière inédite. Il enregistre sur un simple magnétophone 4 pistes, mais son ingéniosité donne l’illusion d’un 8 pistes, voire plus.
Les producteurs d’aujourd’hui restent fascinés par ses méthodes. Perry lui-même a une explication bien à lui :
« Il n’y avait que 4 pistes sur la machine… mais j’en piochais 20 chez les extra-terrestres. »
L’âge d’or du reggae
Entre 1974 et 1979, le Black Ark produit des chefs-d’œuvre. Des albums comme War In A Babylon (Max Romeo), Super Ape (The Upsetters), Police And Thieves (Junior Murvin), Party Time (The Heptones) ou encore Heart Of The Congos (The Congos) marquent l’histoire.
C’est l’apogée du reggae. Son influence rayonne bien au-delà de la Jamaïque.
Un climat politique explosif
Pendant ce temps, la Jamaïque est en ébullition. Les tensions politiques dégénèrent. Chaque parti contrôle ses « gunmen », imposant sa loi dans les rues de Kingston.
Les artistes réagissent. Des morceaux comme War Ina Babylon (Max Romeo), Cross Over (Junior Murvin) et City Too Hot (Lee Perry) dénoncent la violence et annoncent une apocalypse imminente. Le Black Ark devient le reflet musical de cette époque troublée.
La reconnaissance internationale
Malgré ce contexte, le son du Black Ark s’exporte. Perry signe un accord de distribution avec Island Records. Il attire l’attention du monde du rock. Paul McCartney, Robert Palmer, The Clash… Tous s’intéressent à lui.
Des journalistes traversent l’Atlantique pour rencontrer l’énigmatique « Upsetter ». Son studio n’est plus seulement un temple du reggae. Il devient une légende.
La fin du Black Ark
Malgré la musique incroyable et les vibes magiques de l’arche noire, les choses allaient mal pour Lee Perry à la fin des années 1970. Les pique-assiettes et vagabonds commençaient à l’agacer. Faire de la musique devenait de plus en plus difficile.
La dégradation du studio Black Ark
Les sessions d’enregistrement, marathons de ganja et d’alcool, laissaient des traces. Island Records considérait certains des enregistrements de Perry comme « insortables ». Le Black Ark était aussi devenu une cible pour des bandits locaux, qui demandaient de l’argent de protection.
La rupture avec sa femme
La relation de Perry avec sa femme se dégradait. Les tentatives pour débarrasser son jardin des « mauvaises herbes » échouaient. Bientôt, Perry se tournait vers des méthodes plus étranges pour se débarrasser des « rude boys ». Le Black Ark atteignait un point de non-retour.
La fin du Black Ark et la chute de Perry
En 1979, le Black Ark cesse de fonctionner. Grillé physiquement, mentalement et spirituellement, Perry et son studio se désintègrent. Son épouse Pauline le quitte, emmenant les enfants. Perry se retrouve à la frontière de l’imaginaire et de la réalité. Le départ de sa famille le plonge davantage dans le chaos.
La folie au Black Ark
Une nouvelle personne inquiétante émergeait alors. Perry affirmait que c’était une démarche volontaire pour se débarrasser des gens indésirables.
Mais son humeur devenait de plus en plus préoccupante. Les journalistes et visiteurs arrivaient et trouvaient Perry vénérant des bananes, vandalisant son studio et débitant de longues diatribes.
Des bobines de bandes jonchaient le sol. Les appareils d’enregistrement étaient presque inutilisables, noyés sous l’eau qui fuyait à travers le toit. Le studio autrefois puissant était devenu un dépotoir.
Tentatives de sauvetage : la visite de Henk Targowski
En avril 1979, Henk Targowski, un imprésario hollandais, venait au Black Ark. Il voulait distribuer la musique de Perry, mais la folie l’attrapait de plein fouet.
Avec quelques associés, il tenta de sauver le studio, en finançant la reconstruction. Des équipements neufs furent installés, et le travail progressa tout au long de 1980.
Cependant, au printemps 1980, le projet fut abandonné. L’équipe de la Black Star Liner quittait la Jamaïque, et tout ce qui avait été reconstruit fut détruit par Perry.
Le départ de Perry et sa réinvention
En 1981, la vie de Perry et son studio étaient en ruines. Il quitta la Jamaïque et s’installa à New York, jouant dans des concerts de reggae.
En juin 1982, il se produisit avec les Clash à New York. Perry retourna en Jamaïque peu après, et commença à enregistrer un nouvel album, Mystic Miracle Star. Après deux ans de confusion, il semblait avoir retrouvé sa forme. Mais le désastre n’était jamais bien loin.
La destruction du Black Ark Studio
Un matin de 1983, le Black Ark Studio fut détruit par un incendie. Le feu ravagea la structure en béton. La chaleur à l’intérieur devint si intense que le toit fut soufflé. Le studio, qui avait vu naître une partie de la musique la plus puissante jamais enregistrée, tomba progressivement en ruines.
La déclaration de Lee Perry
« The Black Ark was too black and too dread, » expliqua Perry plus tard. « Bien que je sois noir, je me dois de le brûler, pour sauver mon esprit. Il était trop noir. Il voulait m’avaler. »
La légende de la destruction
La destruction ardente du Black Ark est devenue un moment clé de la légende de Lee Perry. Perry affirma plusieurs fois avoir brûlé le studio lui-même, dans un accès de frustration.
Cependant, la véritable cause du feu reste un mystère. A-t-il allumé l’incendie de ses propres mains, ou était-ce un problème électrique ? Quoi qu’il en soit, la destruction du Black Ark Studio fut totale.
Lee Perry en « exil »
Après trois jours en prison, suspecté d’incendie, Perry n’a nulle part où aller. Sa vie en Jamaïque est en ruines. Il entame alors une période d’exil, principalement en Angleterre.
Un tournant créatif mais chaotique
Tournant le dos à la production, Perry se concentre sur l’expression de son œuvre. Cependant, son travail devient irrégulier.
Il enchaîne collaborations douteuses et faux départs. Sa relation avec Island Records se brise lorsqu’il traite Chris Blackwell, le chef de la maison, de vampire et l’accuse d’être responsable de la mort de Bob Marley.
L’album Battle Of Armagideon
Lee Perry collabore avec des groupes de Londres et commence à se produire sur scène. En 1986, l’album Battle Of Armagideon (Millionaire Liquidator) voit le jour. Cet opus, plein de surprises, reflète la situation de Perry : après des années de confusion, « the Upsetter was ready to upset again. »
Le retour avec Adrian Sherwoo
En 1987, Perry s’associe avec le producteur anglais Adrian Sherwood et crée Time Boom X De Devil Dead. Travaillant avec le Dub Syndicate et « les Upsetters de Sherwood », cet album marque un retour aux racines du Black Ark pour Perry. Le son de Sherwood correspond parfaitement à l’Upsetter.
Avec deux nouveaux albums, Perry se remet sur pied pour de bon.
Lee Perry en Suisse
En 1989, Lee Perry quitte la scène musicale chaotique et s’installe en Suisse avec sa nouvelle femme, Mireille Ruegg. Elle est une zurichoise qui devient rapidement son manager. Loin de l’effervescence de la Jamaïque, Perry se transforme en « family man ». Il a deux enfants avec Mireille : un garçon, Gabriel, et une fille, Shiva.
Le « White Ark » : un laboratoire secret
Dans les années 1990, Perry crée un nouveau studio dans la cave de sa maison à Zurich. Il le nomme le « White Ark », un « laboratoire secret » où « aucun homme n’est entré avant ».
Renaissance musicale
Vingt ans après l’apogée du Black Ark, Lee Perry connaît une renaissance. Une nouvelle génération de fans redécouvre sa musique.
En 1996, les Beastie Boys contribuent à relancer l’intérêt pour l’Upsetter. Perry profite de cette nouvelle popularité.
Les compagnies d’enregistrement réagissent et rééditent de nombreuses collections et albums. Cette vague donne naissance à Arkology en 1997, une anthologie du Black Ark en 3 CD préparée par Steve Barrow et David Katz, deux fans de Perry.
Retour sur scène
À la surprise générale, Perry se produit dans deux concerts à guichets fermés à San Francisco en avril 1997.
C’étaient ses premiers concerts aux USA depuis plus de 15 ans. Il joue également à New York lors d’un concert pour le Tibet libre. Une grande tournée américaine et européenne suit, avec de nombreuses rééditions.
Publication de la biographie
En juin 2000, David Katz publie une biographie de Lee Perry : People Funny Boy: The Genius Of Lee « Scratch » Perry.
La vie tranquille en Suisse
Lee Perry reste le « mad scientist » installé dans sa forteresse montagnarde, surplombant le lac de Zurich, avec sa BMW garée dans l’allée. Il visite la Terre de temps en temps, mais demeure la plupart du temps dans son propre univers.
Lee Sratch Perry discographie complète
Albums
- The Upsetters – The Upsetter (1969)
- The Upsetters – Return of Django (1969)
- The Upsetters – Clint Eastwood (1970)
- The Upsetters – Many Moods of the Upsetters (1970)
- The Upsetters – Scratch the Upsetter Again (1970)
- The Upsetters – Eastwood Rides Again (1970)
- Lee « Scratch » Perry – Africa’s Blood (1971)
- Lee « Scratch » Perry – Battle Axe (1972)
- The Upsetters – Scratch the Upsetter – Cloak and Dagger (1973)
- The Upsetters – Rhythm Shower (1973)
- The Upsetters – 14 Dub Blackboard Jungle (1973)
- The Upsetters – Double Seven (1973)
- King Tubby Meets the Upsetter – At the Grass Roots of Dub (1974)
- The Upsetters – Musical Bones (1975)
- The Upsetters – Return of Wax (1975)
- The Mighty Upsetter – Kung Fu Meets the Dragon (1975)
- Lee Perry & The Upsetters – Revolution Dub (1975)
- The Upsetters – Super Ape (1976)
- Lee Perry – Roast Fish Collie Weed & Corn Bread (1978)
- The Upsetters – Return of the Super Ape (1978)
- Lee « Scratch » Perry – The Return of Pipecock Jackxon (1980)
- Lee « Scratch » Perry – Black Ark In Dub (1981)
- Lee « Scratch » Perry & The Majestics – Mystic Miracle Star (1982)
- Lee « Scratch » Perry – History, Mystery & Prophesy (1984)
- Lee ‘Scratch’ Perry and The Upsetters – Battle of Armagideon (Millionaire Liquidator) (1986)
- Lee ‘Scratch’ Perry + Dub Syndicate – Time Boom X De Devil Dead (1987)
- Lee « Scratch » Perry – Satan Kicked the Bucket (1988)
- Lee « Scratch » Perry with Mad Professor – Mystic Warrior (1989)
- Lee « Scratch » Perry with Mad Professor – Mystic Warrior Dub (1989)
- Lee « Scratch » Perry – Message from Yard (1990)
- Lee « Scratch » Perry – From the Secret Laboratory (1990)
- Lee « Scratch » Perry Meets Bullwackie – Satan’s Dub (1990)
- Lee « Scratch » Perry – Spiritual Healing (1990)
- Lee « Scratch » Perry – Lord God Muzik (1991)
- Lee « Scratch » Perry – The Upsetter and the Beat (1992)
- Lee « Scratch » Perry & Mad Professor – Black Ark Experryments (1995)
- Lee « Scratch » Perry – Experryments at the Grass Roots of Dub (1995)
- Lee « Scratch » Perry featuring Mad Professor/Douggie Digital/Juggler – Super Ape Inna Jungle (1996)
- Lee « Scratch » Perry – Who Put the Voodoo Pon Reggae (1996)
- Mad Professor & Lee » Scratch » Perry – Dub Take the Voodoo Out of Reggae (1996)
- Lee « Scratch » Perry – Technomajikal (1997)
- Lee « Scratch » Perry – Dub Fire (1998)
- Lee « Scratch » Perry – Fire in Dub (1998)
- Lee « Scratch » Perry – On the Wire (2000)
- Mad Professor & Lee « Scratch » Perry – Techno Party (2000)
- Lee « Scratch » Perry & Niney the Observer – Station Underground Report (2001)
- Lee « Scratch » Perry – Jamaican E.T. (2002)
- Lee « Scratch » Perry – Alien Starman (2003)
- Lee « Scratch » Perry and the Whitebellyrats – Panic in Babylon (2004)
- Lee « Scratch » Perry – End of an American Dream (2007)
- Lee « Scratch » Perry – The Mighty Upsetter (2008)
- Lee « $cratch » Perry – Repentance (2008)
- Lee « Scratch » Perry – Scratch Came Scratch Saw Scratch Conquered (2008)
- Lee « Scratch » Perry & Adrian Sherwood – Dub Setter (2009)
- Lee « Scratch » Perry – The Unfinished Master Piece (2010)
- Lee « Scratch » Perry – Revelation (2010)
- Lee « Scratch » Perry & Bill Laswell – Rise Again (2011)
- Lee « Scratch » Perry – Master Piece (2012)
- Lee « Scratch » Perry & ERM – Humanicity (2012)
- The Orb feat. Lee « Scratch » Perry – The Orbserver in the Star House (2012)
- The Orb feat. Lee « Scratch » Perry – More Tales from the Orbservatory (2013)
- Lee « Scratch » Perry – Back on the Controls (2014)
- Lee « Scratch » Perry & Pura Vida – The Super Ape Strikes Again (2015)
- Lee « Scratch » Perry – Must Be Free (2016)
- Lee « Scratch » Perry – Science, Magic, Logic (2017)
- Lee « Scratch » Perry & Subatomic Sound System – Super Ape Returns to Conquer (2017)
- Lee « Scratch » Perry – The Black Album (2018)
- Lee « Scratch » Perry – Alien Dub Massive (2019)
- Lee « Scratch » Perry & Woodie Taylor – Big Ben Rock (2019)
- Lee « Scratch » Perry – Rainford (2019)
- Lee « Scratch » Perry & Mr. Green – Super Ape vs. 緑: Open Door (2019)
- Lee « Scratch » Perry – Life of Plants (2019)
- Lee « Scratch » Perry – Heavy Rain (2019)
- Lee « Scratch » Perry – Live in Brighton (2020)
- Lee « Scratch » Perry – Lee Scratch Perry Presents The Full Experience (2020)
- Lee « Scratch » Perry and Spacewave – Dubz of the Root (2021)
- Lee « Scratch » Perry & Ral Ston – Friends (2021)
- Lee « Scratch » Perry & Ral Ston & Scientist – Scratch & Scientist Meet Ral Ston To Conquer The Evil Duppies (2021)
- Lee « Scratch » Perry & New Age Doom – Lee « Scratch » Perry’s Guide to the Universe (2021)
- Lee « Scratch » Perry – Heaven (2023)
- Lee « Scratch » Perry – King Perry (2024)
- Lee « Scratch » Perry and Youth – Spaceship to Mars (2024)
Compilation albums
- DIP Presents the Upsetter (1975)
- Scratch on the Wire (1979)
- The Upsetter Collection (1981)
- Megaton Dub (1983)
- Arkology (1997)
- Ape-ology (2007)
- King Scratch Musical (2022)












