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Peter Tosh : l’autre légende du reggae

Biographie de Peter Tosh

Peter Tosh, né Winston Hubert McIntosh, voit le jour le 19 octobre 1944 à Church Lincoln, dans le Westmoreland, en Jamaïque.

Il meurt tragiquement le 11 septembre 1987 à Kingston. Chanteur, guitariste, organiste et compositeur, il traverse le ska, le rocksteady, le reggae et même la soul. Aux côtés de Bob Marley, il incarne la figure du reggae engagé et la spiritualité rasta.

Peter Tosh : une enfance entre piano et campagne

Peter Tosh grandit sans son père, un pasteur qu’il connaît à peine. Sa mère et sa tante l’élèvent à la campagne.

Très tôt, il chante à l’église et apprend le piano. À dix ans, il maîtrise la guitare, simplement en observant un fermier en jouer.

À quinze ans, en mode « rude boy », il quitte tout pour Kingston. Il erre seul jusqu’à une rencontre décisive : Bob Marley et Bunny Wailer, en 1962, dans le ghetto de Trench Town.

L’époque ska : les débuts explosifs des Wailers

En 1963, il cofonde The Wailers avec Marley, Bunny Wailer et Junior Braithwaite. Joe Higgs les forme au chant.

Peter Tosh s’occupe des harmonies, mais aussi du chant principal sur plusieurs titres. Engagés chez Studio One, ils enregistrent Simmer Down (succès de Marley en 1964), puis Tosh signe des perles comme Can’t You See, Maga Dog, ou encore Rasta Shook Them Up. Sa voix puissante tranche. Sa fougue aussi. Il impose une énergie mordante au groupe.

Mais malgré son talent, Marley reste la star des enregistrements. Tous les morceaux de The Wailin’ Wailers (1966) le mettent en avant. Frustré, Tosh tente des titres solos chez Joe Gibbs après un séjour en prison pour possession de ganja, mais sans succès.

La période rocksteady

Fin 1966, Peter Tosh lance avec Marley et Bunny le label Wail’n’Soul’m. Il y enregistre des titres audacieux : Funeral, Dem a Fi Get a Beatin, Stepping Razor (écrit par Joe Higgs). Rien ne marche. En 1968, il signe avec le label JaD de Johnny Nash. Il enregistre Love, qui deviendra un hit de Nash en 1974. Mais à nouveau, Peter Tosh reste dans l’ombre.

Peter Tosh entre dans l’ère reggae

Le reggae émerge. Peter Tosh persiste. Il signe The World Is Changing, puis impose quatre titres sur The Best of the Wailers en 1971, dont Soon Come. En 1970, il enregistre avec Lee « Scratch » Perry : 400 Years, No Sympathy, Downpresser, Second Hand. Toujours sans percée.

Il lance le label Tuff Gong avec Marley et Bunny. Mais les Wailers galèrent. Seul Trench Town Rock devient un hit local.

Peter Tosh chez Island Records : clash et départ

En 1972, Island Records leur ouvre ses portes. Peter Tosh cosigne Get Up, Stand Up, qu’il interprète avec Marley. Il brille aussi sur Catch a Fire et Burnin avec Stop the Train ou One Foundation. Mais les tensions montent. Bunny claque la porte après la tournée de 1973. Tosh suit, déçu par la mise en avant excessive de Marley et les choix du label.

La création de Intel-Diplo HIM

Libéré, Peter Tosh fonde son label : Intel-Diplo HIM (pour « Intelligent Diplomat for His Imperial Majesty »). Il affirme son engagement rasta et politique. Il sort des titres engagés comme Babylon Queendom, visant directement la reine Élisabeth II.

L’explosion avec Legalize It

En 1976, avec l’aide de l’harmoniciste Lee Jaffe, il enregistre Legalize It. Un hymne pro-ganja, financé par un trafic de weed monté par Jaffe. Bob Marley participe aussi au projet. La Jamaïque interdit le morceau à sa sortie. L’album sort chez Columbia, puis Virgin, et deviendra culte. Peter Tosh pose sur la pochette, au cœur d’un champ de cannabis. Iconique.

Peter Tosh : la légende jusqu’au bout

Avec ou sans succès, Peter Tosh reste droit. Fier. Libre. Ses mots piquent, ses riffs claquent. Il dérange, il dénonce, il provoque. Lors du One Love Peace Concert de 1978, il balance un discours enflammé, dénonçant l’hypocrisie des politiques. Pour lui, le peuple ne veut pas seulement la paix. Il veut la justice.

Peter Tosh meurt assassiné le 11 septembre 1987, à 42 ans, dans sa maison à Kingston. Officiellement, c’est un braquage qui tourne mal. Mais une théorie persiste : Peter Tosh aurait voulu racheter une station de radio pour en faire une voix libre, une « radio rasta » diffusant du reggae et des messages militants. Un projet qui dérangeait… et qui pourrait avoir précipité sa fin.

Il laisse derrière lui plusieurs enfants, dont Andrew Tosh, qui a lui aussi embrassé la musique reggae. Après la mort de Bunny Wailer en 2021, il ne reste qu’un seul membre vivant des Wailers d’origine : Beverley Kelso. Le temps passe, mais la légende Peter Tosh, elle, ne s’éteint pas.

Le savais-tu ?

  • Peter Tosh mesurait 1m90 et était surnommé The Stepping Razor — une lame de rasoir ambulante.
  • Il jouait d’une guitare en forme de mitraillette M-16, un symbole de sa guerre musicale contre l’oppression.
  • Il est l’auteur du slogan devenu culte : « Legalize It », bien avant que ce soit cool.
  • Lors d’un concert en 1979, il a été passé à tabac par la police jamaïcaine, sur scène, micro encore en main.
  • Il appelait l’ONU les « United Nazis Organization », parce qu’il n’avait peur de personne, ni de choquer.

Discographie de Peter Tosh

Avec les Wailers

  • The Wailing Wailers (1966)
  • Soul Rebels (1970)
  • Soul Revolution Part II (1971)
  • The Best of the Wailers (enregistré en 1970 mais paru en 1971)
  • Catch A Fire (1972)
  • Burnin’ (1973)

Solo

  • Legalize It (1976)
  • Equal Rights (1977)
  • Bush Doctor (1978)
  • Mystic Man (1979)
  • Wanted: Dread and Alive (1981)
  • Mama Africa (1983)
  • Captured Live (1984)
  • No Nuclear War (1987)

Albums posthumes

Avec les Wailers

  • 1995 – Talkin’ Blues (1973)
  • 1996 – The Toughest (1964-1966)
  • 2003 – Freedom Time (1967-1968)
  • 1998 – Rock to the Rock (1968)
  • 1997 – Selassie Is the Chapel (1968-1969)
  • 2000 – Arise Black Man
  • 2003/2004 – Peter Tosh And Friends – Black Dignity – Early Works of the Steppin’ Razor (1967-1972) – (Trojan)
  • 2004 – Black Dignity – (Island)
  • 2004 – Can’t Blame The Youth (1967-72) – (Jad/Universal)

En solo 

  • 2000 – Honorary Citizen : coffret de 3 CD anthologie des 45 tours jamaïcains, de titres en public et une sélection studio.
  • 2000 – Live at the One Love Peace Concert (1978)
  • 2001 – I Am That I Am : enregistrements à la guitare sèche des années 1970.
  • 2002 – Live at the Jamaican Music Festival MoBay ’82 (JAD)
  • 2003 – Don’t Want to Get Busted : rassemble Live at the One Love Peace ConcertI Am That I Am plus un entretien de 1978 avec Bruno Blum
  • 2005 – Talking Revolution : rassemble Live at the One Love Peace Concert et I Am That I Am.
  • 2014 – Live at My Father’s Place : concert de 1978
  • 2015 – Soon Come : double album live au Capri Theater d’Atlanta, 2 février 1979

Les meilleures chansons de Peter Tosh

Peter Tosh, c’est la voix rugueuse du reggae militant. Chaque morceau est un coup de poing, une prière ou un manifeste.

« Legalize It » reste son hymne le plus célèbre — un appel frontal à la légalisation du cannabis et à la liberté individuelle.

Avec « Equal Rights », il exige la justice avant la paix, sur une ligne de basse hypnotique.

« Get Up, Stand Up », coécrite avec Marley, est un appel planétaire à se lever contre l’oppression. Mais il ne faut pas oublier « Stepping Razor », où Tosh se présente comme une lame affûtée, dangereuse et libre. Enfin, « Johnny B. Goode », reprise de Chuck Berry en mode rasta, prouve son amour du rock et sa virtuosité vocale.

Des titres qui brûlent toujours, pleins de feu et de convictions. Du reggae pur jus, trempé dans la rage et la spiritualité. Explorez les meilleurs titres de Peter Tosh.

FAQ Peter Tosh

Pourquoi Peter Tosh a quitté Bob Marley ?

Peter Tosh n’a pas vraiment « quitté » Bob Marley — il a quitté les Wailers, ou plus exactement, le groupe s’est désagrégé en 1974 après des tensions internes liées à leur management, à la visibilité dans les médias… et à l’égo de chacun.
À cette époque, Bob Marley était de plus en plus mis en avant par la maison de disques Island Records (dirigée par Chris Blackwell), au détriment de Peter Tosh et Bunny Wailer. L’album Catch a Fire (1973) est commercialisé comme un projet de « Bob Marley and the Wailers », même s’il s’agit encore d’un travail collectif. Tosh se sent alors marginalisé, réduit au rôle de choriste ou de musicien d’appoint, alors qu’il est un pilier historique du groupe, auteur et compositeur majeur (on lui doit par exemple « 400 Years » ou « Stop That Train »).
Mais ce qui le fait vraiment exploser ?
Quand Chris Blackwell refuse de produire son album solo (Legalize It)… alors qu’il pousse la carrière solo de Marley. Pour Tosh, c’est clair : l’industrie cherche à créer une icône consensuelle en la personne de Marley, pendant qu’on écarte les voix plus radicales comme la sienne.
En 1974, Peter Tosh et Bunny Wailer quittent donc les Wailers. Tosh l’explique lui-même :
“Bob was the nice guy, I was the bad guy. Bob would say, ‘Peace and love’, I would say, ‘Equal rights and justice.’”

Peter Tosh et Bob Marley étaient-ils amis ?

Oui… mais c’est compliqué.
Peter Tosh et Bob Marley se sont rencontrés très jeunes à Trenchtown, Kingston, dans les années 60. Avec Bunny Wailer, ils forment The Wailers en 1963. Pendant plus de 10 ans, ils vivent, chantent et galèrent ensemble. Ce sont des frères de route, au sens fort. Ils partagent la musique, le rastafarisme, la pauvreté, la violence des ghettos et les rêves d’émancipation.
Mais leur amitié s’est fragilisée dans les années 70, surtout à cause des choix commerciaux autour du groupe. L’arrivée du producteur Chris Blackwell et le succès international de Catch a Fire (1973) créent des tensions. Bob est mis en avant. Tosh se sent trahi, marginalisé. Il n’aime pas le tournant « pop » de la musique des Wailers, ni le fait que Marley devienne une figure plus consensuelle. Tosh, lui, veut rester radical et sans filtre.
Il y a eu du respect, sans doute de l’admiration mutuelle, mais aussi de la colère et de l’amertume.
Pour autant, ils ne sont jamais devenus ennemis. Ils ont simplement pris des chemins différents, avec des visions opposées de la révolution. Marley prône la paix. Tosh réclame la justice.

Pourquoi Peter Tosh a-t-il refusé d’assister aux funérailles de Bob Marley ?

Peter Tosh n’a pas assisté aux funérailles de Bob Marley en mai 1981. Et ce n’est pas un oubli ni une absence due à l’émotion : c’est un acte volontaire, symbolique, et hautement politique.
Tosh considérait que ces funérailles étaient une récupération hypocrite de la figure de Marley par les autorités jamaïcaines et l’establishment, qu’il méprisait profondément. Lui qui avait vu Bob se faire censurer, marginaliser et combattre par ces mêmes élites n’a pas supporté de les voir lui rendre hommage une fois mort, comme si elles l’avaient toujours soutenu.
Il aurait dit quelque chose dans ce genre (traduction libre) :
« Je ne voulais pas voir ces imposteurs se glorifier de la mort d’un frère qu’ils ont combattu vivant. »
Tosh, fidèle à ses convictions, a donc refusé de participer à ce qu’il voyait comme une mascarade. Il voulait rester cohérent avec ses idéaux de vérité, de justice, et d’authenticité. Pour lui, Bob Marley méritait un hommage rasta, pas un show d’État avec des politiciens en costume.

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