Gregory Isaacs : Cool Down The Pace

Gregory Isaacs : Cool Down The Pace

Gregory Isaacs : Cool Down The Pace, quand le reggae apprend à ralentir

Il y a des morceaux qui donnent envie de danser. D’autres donnent envie de ralentir. Avec « Cool Down The Pace », Gregory Isaacs fait les deux.

Le morceau apparaît en 1982 sur Night Nurse, l’album qui va installer définitivement le Cool Ruler auprès d’un public international. Il dure un peu plus de cinq minutes. Pourtant, jamais Gregory Isaacs ne semble pressé.

C’est même tout le principe du titre.

Ralentis. Prends ton temps. La nuit ne fait que commencer.

Gregory Isaacs, le Cool Ruler

En 1982, Gregory Isaacs n’est déjà plus un débutant.

Depuis les années 1970, le chanteur jamaïcain s’est construit une réputation à part. Sa voix douce, légèrement nasale et immédiatement reconnaissable lui permet de passer du reggae roots aux morceaux amoureux avec une facilité déconcertante.

Son surnom résume parfaitement le personnage : The Cool Ruler.

Le nom vient notamment de son album Cool Ruler, sorti en 1978. Il restera ensuite associé à Gregory Isaacs pendant toute sa carrière. Chez lui, le mot « cool » n’est pas une posture.

C’est une manière de chanter. Une manière de poser les mots. Une manière de laisser respirer la musique. « Cool Down The Pace » en est probablement l’une des meilleures illustrations.

Un morceau qui porte parfaitement son titre

Le titre français pourrait presque être : « Ralentis le rythme ». Tout est déjà là.

La chanson raconte une soirée dansante. Gregory Isaacs se retrouve sur une piste et remarque une femme qui danse beaucoup trop vite à son goût. Il lui demande de ralentir.

Encore. Puis encore. Elle essaie. Mais elle continue à son propre rythme. Le scénario est simple. Presque amusant. Pourtant, Gregory Isaacs transforme cette petite scène de dancehall en véritable morceau de lovers rock. Les paroles parlent de danse, mais le ton est clairement celui de la séduction.

Et surtout, le chanteur ne cherche jamais à brusquer les choses.

Il demande, il insiste, il attend,il laisse durer. C’est exactement ce qui rend le morceau aussi Gregory Isaacs.

Une basse qui refuse de courir

Écoutez attentivement la rythmique. Tout semble avoir été pensé pour accompagner le titre.

La basse avance tranquillement. La batterie reste souple. Les guitares installent le groove sans jamais chercher à le pousser. Gregory, lui, vient se poser au-dessus avec cette voix presque nonchalante qui a fait sa réputation.

Le morceau tourne autour de 74 BPM selon les données musicales disponibles.

Et c’est parfait.

Parce qu’un morceau appelé « Cool Down The Pace » joué à toute vitesse aurait évidemment perdu une partie de son charme.

Ici, Gregory Isaacs applique son propre conseil. La musique ralentit. La voix ralentit. Et la soirée peut continuer. Le morceau devient presque une démonstration par l’exemple.

Quand Gregory Isaacs transforme la danse en séduction

C’est là que « Cool Down The Pace » devient vraiment intéressant. Au départ, Gregory parle simplement d’une danseuse trop énergique.

Puis le vocabulaire change progressivement de dimension. Il lui demande de ne pas se presser. Il lui demande de ralentir. Il lui rappelle que la danse peut durer toute la nuit.

On comprend alors que le véritable sujet n’est peut-être pas seulement la danse. C’est le plaisir de faire durer le moment. Gregory Isaacs ne cherche pas l’explosion immédiate.

Il préfère la tension douce. Le mouvement lent. La proximité. Cette façon très particulière qu’a le lovers rock de transformer une chanson d’amour en conversation intime.

Le morceau possède donc une sensualité évidente sans avoir besoin d’en faire des tonnes. Gregory n’en a jamais eu besoin.

Night Nurse, l’écrin parfait

« Cool Down The Pace » occupe la cinquième place de Night Nurse, sorti en 1982.

L’album compte huit titres dans sa version originale. On y retrouve notamment « Night Nurse », « Stranger In Town », « Objection Overruled », « Hot Stepper » et « Sad To Know (You’re Leaving) ».

Le disque est produit par Gregory Isaacs et Errol « Flabba » Holt. L’enregistrement passe notamment par le légendaire Tuff Gong Studio de Kingston. La section rythmique comprend des musiciens essentiels du reggae jamaïcain, avec Style Scott à la batterie, Flabba Holt à la basse, Bingy Bunny à la guitare rythmique et Dwight Pinkney à la guitare.

Ce détail compte.

Parce que derrière la décontraction apparente de Gregory Isaacs, la machine musicale est solide. Très solide. Les musiciens ne cherchent pas à impressionner.

Ils installent simplement le groove. Et Gregory vient prendre toute la place nécessaire avec sa voix.

Gregory Isaacs n’a jamais eu besoin de forcer

C’est peut-être ce qui me plaît le plus dans « Cool Down The Pace ». Aujourd’hui encore, beaucoup de chanteurs confondent puissance et intensité.

Gregory Isaacs faisait exactement l’inverse. Il pouvait chanter doucement et retenir toute l’attention. Il pouvait laisser un mot traîner. Prendre une respiration. Revenir sur une phrase.

Et pourtant, impossible de décrocher. Le Cool Ruler avait cette élégance particulière des chanteurs qui savent exactement ce qu’ils ont dans la voix.

Pas besoin d’en rajouter.

Pas besoin de courir après le morceau.

Le morceau vient à lui.

Cette nonchalance est d’ailleurs au cœur de son identité artistique. Le Guardian décrivait lui aussi Isaacs comme un chanteur à la voix suave et émotive, particulièrement associé aux ballades amoureuses et au lovers rock.

Un titre qui a continué à vivre

Une bonne chanson ne disparaît pas avec son époque. « Cool Down The Pace » en est une jolie démonstration.

En 2006, le duo Mattafix reprend le titre et en fait même un single extrait de son album Signs of a Struggle. La version connaît notamment un certain succès dans plusieurs pays européens.

En 2014, J Boog reprend à son tour « Cool Down The Pace » sur Songs for Reggae Lovers Vol. 5.

La chanson change alors de génération. Mais pas de philosophie. Le tempo reste tranquille. Le message reste le même. Ne te presse pas.

Pourquoi « Cool Down The Pace » fonctionne encore

Plus de quarante ans après sa sortie, le morceau n’a rien perdu de son pouvoir.

Il ne dépend pas d’un effet de mode.

Il ne repose pas sur une production spectaculaire.

Il tient sur quelques ingrédients simples : une excellente section rythmique, une mélodie efficace, une histoire légère et surtout la voix de Gregory Isaacs.

Le reste appartient à cette science très jamaïcaine du groove. On laisse tourner. On laisse respirer. On ne cherche pas à remplir chaque seconde.

Et c’est peut-être précisément pour cela que le morceau fonctionne encore aujourd’hui. Parce qu’il nous rappelle quelque chose que la musique moderne oublie parfois : un bon groove n’a aucune raison de courir.

Cool Down The Pace : le Gregory Isaacs qu’on aime

« Cool Down The Pace » n’est peut-être pas le titre de Gregory Isaacs que le grand public cite en premier. « Night Nurse » reste évidemment incontournable.

Mais ce morceau possède quelque chose de particulièrement représentatif du Cool Ruler. Il y a la voix. Il y a le lovers rock. Il y a cette sensualité tranquille.

Il y a surtout cette façon de prendre son temps et de transformer une simple scène de danse en moment de séduction. Gregory Isaacs ne nous demande finalement pas seulement de ralentir le rythme.

Il nous demande de profiter de la danse. Et quand le groove est aussi bon, franchement, on n’a aucune raison d’aller plus vite.

Gregory Isaacs : Cool Down The Pace

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